« Je commence en micro, on verra plus tard » : c'est la phrase qui coûte le plus cher dans ce métier. En achat-revente de véhicules, le statut décide de la rentabilité avant même le premier véhicule, parce que les cotisations et la TVA ne se calculent pas sur la même assiette selon le régime. Voici le comparatif honnête, chiffres à l'appui.
Le piège n°1 : la micro-entreprise cotise sur le chiffre d'affaires
En micro, tes cotisations sociales (~12,3 % en vente de marchandises) se calculent sur le prix de vente TOTAL, pas sur ta marge. Exemple réel :
- Achat à un particulier : 8 000 € — revente : 10 000 € — marge brute : 2 000 €.
- Cotisations micro : 12,3 % × 10 000 € = 1 230 €.
- Ajoute l'impôt sur le revenu (abattement de 71 %, donc imposé sur 2 900 €) : encore ~300-870 € selon ta tranche.
- Il te reste 0 à 500 € sur 2 000 € de marge — avant tes frais (transport, CT, annonces...).
Au réel (EI au réel ou société), les cotisations et l'impôt se calculent sur ton bénéfice: le même deal te laisse 1 200 à 1 400 € nets. La micro n'est viable en négoce auto que pour des marges ÉNORMES en pourcentage — ce qui n'est pas le marché.
Le piège n°2 : la franchise de TVA te prive de la TVA sur marge
En franchise en base (le régime TVA par défaut de la micro), tu ne factures pas de TVA — très bien — mais tu ne récupères rien non plus: ni la TVA sur tes frais (pièces, garage, transport), ni la TVA d'import, ni celle des achats à des pros. Et tu n'as pas accès au vrai levier du métier : la TVA sur marge, réservée aux assujettis. Paradoxe connu des anciens : opter pour le régime réel de TVA, c'est souvent GAGNER de l'argent en négoce, pas en perdre.
Les seuils à connaître (à vérifier chaque année)
- Franchise de TVA — activité de négoce (ventes) : ~85 000 € de CA. En achat-revente, avec un CA = prix de vente des véhicules, 8-10 voitures suffisent à le crever.
- Franchise de TVA — prestations (commissions de dépôt-vente !) : ~37 500 €. Les deux plafonds se suivent séparément.
- Plafond micro ventes : 188 700 € de CA — soit 15 à 20 véhicules par an. La micro se referme vite.
Quel statut pour quel profil ?
Tu testes le métier (1 à 3 véhicules)
La micro peut servir de bac à sable UNIQUEMENT si tes marges en % sont fortes (véhicules à petit prix retapés). Sache que tu paies 12,3 % du CA quoi qu'il arrive, et bascule dès que c'est sérieux.
Tu te lances vraiment (à partir de ~5 véhicules/an)
EI au réel (impôt sur le revenu, cotisations sur le bénéfice) ou EURL/SASU. L'option TVA au réel te donne la TVA sur marge + la récupération sur les frais. La comptabilité devient obligatoire — c'est le prix d'un métier rentable.
Ça tourne (20+ véhicules/an, du stock, des investissements)
Société à l'IS(EURL-IS, SASU-IS, puis SARL/SAS si vous êtes plusieurs) : IS à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, tu pilotes ta rémunération (salaire vs dividendes), tu laisses le surplus financer le stock. La SASU protège socialement (assimilé salarié) mais coûte plus cher en charges ; l'EURL-IS est souvent le meilleur rapport charges/protection du métier.
Quand changer ? Les signaux
- Ta marge nette micro passe sous 40 % de ta marge brute → passe au réel, tu y gagnes immédiatement.
- Tu approches 80 % d'un seuil (Flipzy te le signale) → anticipe : le changement de régime se prépare AVANT le dépassement, pas après.
- Tu veux importer (UE ou hors UE) → le réel s'impose quasi systématiquement (autoliquidation, TVA d'import déductible, n° TVA intracom).
- Tu fais du dépôt-vente régulier → surveille le seuil prestations, bien plus bas.
Les à-côtés qui ne dépendent pas du régime
- Le livre de police est obligatoire pour tous, micro comprise — ce n'est pas une question de taille.
- La garantie légale de conformité (12 mois minimum sur l'occasion vendue à un particulier) s'applique au micro-entrepreneur comme à la SAS.
- Assurance garage/stock, compte bancaire dédié, déclaration d'achat SIV : idem.
- Un expert-comptable coûte 100-200 €/mois et t'en fait économiser bien plus au choix du statut : c'est ton premier « frais général » rentable.