Acheter à un professionnel — garage, concession, loueur, salle des ventes — c'est plus sécurisant qu'un particulier : facture, traçabilité, parfois une garantie. Mais fiscalement, c'est là que tout se complique : la mention portée sur sa facture décide de TON régime de TVA à la revente. La lire avant de payer, c'est la compétence n°1 du métier.
Les 3 factures possibles (et ce qu'elles changent pour toi)
1. Facture au régime de la marge (art. 297 A)
Mention « Régime particulier — biens d'occasion » : le pro vend lui-même en marge (il l'avait acheté à un particulier). Aucune TVA n'apparaît, tu n'en récupères pas — et tu peux revendre en TVA sur margetoi aussi. Fiscalement, c'est comme acheter à un particulier.
2. Facture avec TVA apparente
TVA 20 % détaillée sur la facture (fréquent : véhicules de société, utilitaires, ex-loueurs). Tu récupères cette TVA sur ta déclaration (si tu es au réel), mais à la revente tu passes au régime général: TVA sur le prix de vente TOTAL. Ça peut rester très rentable — à condition d'avoir fait le calcul AVANT, pas après.
3. Facture sans TVA, sans mention de marge
Vendeur en franchise en base (micro), ou facture mal établie. La revente en marge est en principe possible, mais fais valider le cas par ton comptable — et exige une facture propre : « aucune mention » n'est jamais bon signe en contrôle.
Le calcul comparé (le même véhicule, deux mondes)
- Acheté 9 000 € en marge, revendu 11 400 € : TVA = (11 400 − 9 000) × 20/120 = 400 €. Marge nette ≈ 2 000 €.
- Acheté 9 000 € TTC avec TVA récupérable (7 500 € HT), revendu 11 400 € TTC: TVA collectée = 1 900 €, TVA déduite = 1 500 € → 400 € nets aussi... mais uniquement parce que tu as récupéré la TVA d'achat. Si tu es en franchise en base (micro), tu ne récupères RIEN : le même deal te coûte 1 900 € de compétitivité.
Moralité : un véhicule « avec TVA » n'est intéressant que si tu peux la récupérer. En franchise, privilégie les achats en marge ou aux particuliers.
Les ventes aux enchères
- Ajoute les frais acheteur (10 à 17 % selon les salles) à ton prix de revient — ils s'oublient vite dans le feu des enchères.
- Le catalogue indique le régime TVA de chaque lot (« TVA récupérable » ou marge) : lis-le AVANT d'enchérir.
- Véhicules vendus « en l'état », souvent sans essai : provisionne systématiquement un budget remise en état.
- Les frais de la salle des ventes sont facturés avec TVA — récupérable au réel.
Tes obligations restent les mêmes
- Déclaration d'achat dans les 15 jours (SIV), carte grise barrée + exemplaire de la facture ou du certificat de cession.
- Livre de police : le vendeur pro s'y inscrit avec son SIREN/Kbis en guise de pièce d'identité.
- Archive la facture d'achat 10 ans : c'est ELLE qui justifie ton régime de TVA en cas de contrôle. Sans elle, l'administration peut requalifier toute la vente au régime général.
Les pièges d'ancien
- La TVA sur marge n'est jamais récupérable : si un confrère te vend « TTC » en marge, il n'y a pas de TVA à déduire, quoi qu'il te dise.
- Véhicule de démonstration ou de direction : souvent avec TVA récupérable — bonne affaire au réel, piège en franchise.
- La facture pro forma ne suffit pas : exige la facture définitive avec la mention exacte avant le paiement du solde.
- Un pro qui te propose « sans facture » te transfère son problème fiscal. Refuse : ton livre de police et ta comptabilité ne tiendraient pas un contrôle.